LES GRANDS MOMENTS DU SPORT GARDOIS, LE HBCN 2001 1ÈRE ÉQUIPE FRANÇAISE FÉMININE DE HANDBALL A REMPORTER UNE COUPE D’EUROPE

Pour Christelle, disparue cette semaine...
La 8e édition de la coupe challenge féminine de handball a débuté le 10 février 2001 en Italie pour les filles d'Alain Portes. Un peu plus de 3 mois plus tard, le HBC Nîmes offrait à la France son premier titre européen. 8 matchs pour un triomphe amplement mérité que nous raconte celui qui était l’entraîneur de l'époque. Devant son récit, je n'ai changé aucune lettre, aucun mot... Merci Alain. Je vous laisse dévorer ses mots...
Près de 20 ans après, je me souviens encore d’une multitude de détails. C’est une aventure humaine extraordinaire que nous avons vécue. J’avais dit aux filles juste avant la finale retour, que ce qu’elles vivaient depuis le début de la compétition, allait les rapprocher à jamais. Je constate aujourd’hui que je ne m’étais pas trompé. De Messine au Parnasse pour la finale retour, en passant par l’Ukraine, la Russie et la Croatie, tous les moments furent riches en émotions. Les matches étaient souvent beaux ! Les festivités après les qualifications magnifiques ! L’harmonie entre joueuses, staff, dirigeants journalistes et public était fabuleuse. Quant au résultat final : Gagner une Coupe d’Europe avec le HBCN… Jamais je n’aurais pensé que ce soit possible un jour. Et pourtant… Comme quoi ! Quelle leçon ! Quand tout le monde va dans le même sens, on peut renverser des montagnes. Et croyez moi, éliminer les russes de Moscou en demi-finale, c’était un véritable exploit ! Gagner la finale aller à Split n’était pas simple! Résister à la pression de l’enjeu pour la finale retour à Nîmes était encore plus dur !
Ce groupe extraordinaire restera à jamais celui qui a gagné la première Coupe d’Europe du Hand féminin français. Les valeurs que les filles véhiculaient dans cette équipe méritent qu’elles soient rentrées dans l’histoire.
Je crois que je n’ai rien oublié.
A Messine, la veille de notre entrée dans la compétition (nous terminions les matches aller en championnat et nous étions très mal classées !), avant le dernier entrainement, je fixe mon objectif aux filles : « Aller en finale et la gagner ! » Elles me regardent comme si j’étais un extra-terrestre… Elles ne disent rien. Et elles ont foncé jusqu’au bout avec cet objectif en tête.
Pour le tour suivant, nous allons en Ukraine, à Uzghorod. J’ai tenu à faire le déplacement car mon expérience de joueur à l’USAM m’a appris que ce genre de galère soude un groupe. Donc nous n’avons pas négocié de jouer nos deux matches à domicile. Et j’ai été servi. L’entrée en Ukraine en pleine nuit dans un bus hongrois nous a vu bloqués 2 ou 3 heures à la frontière à cause de douaniers tatillons… Les conditions d’hébergement spartiates et la misère environnante nous ont incité à être encore plus solidaires. Humainement, c’était fort !
En demi-finale, nous recevons Moscou. J’ai réussi à avoir une vidéo de l’adversaire (un exploit à cette époque !). Ces russes font peur. Vitesse, puissance…Tout va très vite et très fort ? Comment allons-nous faire ? Au bout de 15mn de jeu au match aller à Nîmes, nous sommes menées 8 à 4. Je pose un temps-mort… 25mn de jeu plus tard, nous menons 17 à 8. 
Nous avons infligé à cette équipe un 13 à zéro en 25mn ! Défense de fer ! Montées de balle rapides ! Un handball de rêve. Ensuite…nous nous sommes accrochées. Victoire de 7 buts au final. Le match retour s’annonce compliqué: il l’est. 5mn de jeu et nous sommes menées 5 à 1. Sans affolement, les filles reprennent le fil du match, s’appuyant sur une défense de fer et une Lissie Rosu incroyable dans les buts. Christelle Jover inscrit le dernier but du match. Nous nous inclinons 18 à 16, mais la qualification est là et l’explosion de joie du groupe résonne encore à mes oreilles. Je crois que toutes les joueuses ont pleuré ce jour-là.
Les croates de Split seront nos adversaires pour cette finale historique. Le match aller est programmé en Croatie. La semaine qui précède le match aller, je programme un entrainement au Parnasse le Mardi 1er Mai. Ce jour-là, sur un exercice anodin, Christelle se fait une rupture des ligaments croisés du genou. Sportivement, c’est un coup dur terrible tant son importance dans l’équipe est forte. Humainement, c’est un véritable drame… Mon adjointe Manuela Ilie, me dit que toutes les grandes victoires s’accompagnent hélas ! d’un sacrifice. L’avenir nous confirmera que c’est vrai. En 1999, deux ans plus tôt, nous avions perdu Sarah Kirman de la même blessure lors d’un match en Norvège. Ce jour-là, nous écartions de la compétition le grand club de Nordstrand Oslo à la surprise générale, pour accéder aux demies finales de la Coupe des Villes. C’était le premier exploit international du HBCN…
Split est une bonne équipe, dans la tradition du handball croate. Très techniques, sûres d’elles, nos adversaires sont de belles joueuses. Au terme d’un match engagé, nous atteignons la 55ème minute du match sur le score de 18 partout…avant de terminer sur un 4 à 0 ! 22-18 !!! Nous aurons donc 4 buts d’avance pour le match retour. Olivier Farrié, le kiné et ami de longue date me glisse à l’oreille : « Si on ne la gagne pas là, on ne la gagnera jamais ! ».
Nous préparons le match retour avec beaucoup d’application. Par superstition, je supprime l’entrainement du Mardi 8 Mai (une semaine avant, nous perdions Christelle un jour férié aussi…). Et Manu accepte de quitter son statut d’entraineur adjoint pour aider les filles sur le terrain, notamment en défense.
La finale est programmée le Dimanche à 17h. Je décide, avec l’accord de notre exemplaire capitaine Laisa Lerus, de mettre les filles au vert dès le samedi après-midi dans un hôtel de la Bastide tenu par mes amis Pascale et Paul. Les filles apprécient de s’isoler, loin de la ferveur qui s’annonce et que l’on sentait monter dans la ville depuis notre retour de Split. 
La finale restera inoubliable pour beaucoup de nîmois. Un Parnasse plein comme un œuf. Les caméras d’Eurosport. Les filles n’avaient jamais joué un match avec autant de pression et dans un tel environnement. Elles n’ont pas tremblé. Même quand l’adversaire menait de 2 buts en début de deuxième mi-temps, et que nos tirs échouaient systématiquement sur les poteaux ou les bras de l’excellente gardienne croate. Le suspens était alors à son comble. C’est là que les filles se sont libérées, poussées par un public incroyable et une Pascale Roca au sommet de son art pour bonifier le jeu de ses équipières. 18-16 fut le score final, témoignant encore de notre solidité défensive. 
La fête allait être belle ! Dans le Parnasse avec le public, mais aussi la nuit qui suivit, chez l’ami Claude Pontaud qui accueillit l’équipe en héros le soir du match. 
Ce soir-là, j’ai savouré beaucoup de choses au-delà de la victoire. 
Cette campagne européenne a pris une autre dimension grâce aux amis journalistes qui nous ont accompagné dans tous nos périples. Hervé commentait les matches à la radio et mobilisait nombre de nîmois à chaque rendez-vous ! Laurent et Fred en ont fait des tonnes dans notre journal local. Jérome et son équipe ont relayé nos victoires sur la télé régionale avec beaucoup d’enthousiasme.
Une tribune m’avait été ouverte dans le Midi Libre pendant deux semaines. Je pouvais parler de tout. Je n’oubliais pas de dire que mon parcours européen avec l’USAM, lorsque j’étais joueur, m’avait été d’une grande utilité pour accompagner les filles. J’étais parfois tombé dans des pièges spécifiques à la Coupe d’Europe lorsque je jouais. J’avais pu alerter mes joueuses sur ce qui pouvait arriver dans certains déplacements… Sans cela, je crois pouvoir affirmer que nous n’aurions pas gagné cette Challenge Cup. 
J’ai aussi envie de parler de mon staff. Manu Ilie et Vero Chenin ont été parfaites.
Olivier et Mathias, les kinés, ont été omniprésents. Philippe, le médecin a animé quelques déplacements…
Olivier, en bon Président, a tout fait pour nous placer dans les meilleures conditions.  Pascal, notre dirigeant a vécu tout ça avec intelligence et disponibilité.
Tout le club en fait, a été extraordinaire. Des bénévoles fiers de leur équipe et qui nous remerciaient ce magnifique soir de Mai… Mais sans tous ces gens, rien n’aurait été possible !
Quant à mes joueuses….
Elles n’étaient pas les meilleures handballeuses du Monde. Aucune ne jouait cette saison là en équipe nationale. Mais quelle solidarité ! Quel sens du collectif ! Quelles qualités de surpassement dans les moments difficiles !
Lissi Rosu et Karine Zucker ont formé un duo très solidaire dans les buts.
Corina Brici, la roumaine, a apporté tout son calme et sa confiance.
Sonia Parent, Veronique Boucairan, Sandy Demangeon étaient trois ailières droites différentes mais complémentaires.
Rebecca Oberlé ne comptait pas ses efforts sur le terrain, finissant les rencontres au bord de l’épuisement.
Laisa Lerus a été une joueuse brillante, polyvalente, et une capitaine magnifique.
Pascale Roca, qui a rejoint le club au début de la compétition en cours de saison, a bonifié tout notre collectif.
Nathalie Macra a montré des qualités exceptionnelles qui auraient dû la conduire en équipe de France.
Céline Chépy a levé son niveau de jeu toute la saison et largement contribué à stabiliser notre défense.
Gaelle Camberlain et Marjolaine Mounier ont toujours aidé leurs équipières à se préparer au mieux.
Christelle Jover, que nous pleurons aujourd’hui, fut une joueuse brillante, puis, un soutien incroyable, après sa blessure, malgré sa tristesse et sa douleur, dans la préparation de la Finale.
Je n’oublie pas celles qui nous ont qualifiées, la saison précédente, pour jouer cette coupe d’Europe, Angélique Daizé, Myriam Bellik, Cathy Paris, Audrey Colmano , Joanne DudziakBetty Monpierre, Virginie NervoSalima Amran, Nathalie Pette, Sarah Kirmanbléssées ou parties sous d’autres cieux, méritent d’être associées à cette victoire. Personnellement, je ne les ai jamais oubliées.
Ce fut surtout une très forte émotion. Je me souviens des deux dernières minutes du match retour. La victoire était acquise. Je me suis écarté du banc, appuyé sur les panneaux publicitaires…et j’ai regardé ce Parnasse en liesse. Le public en rouge et blanc. Mes joueuses qui commençaient à sourire… C’était beau pour quelqu’un comme moi qui a fait toute sa carrière ici. J’ai même versé quelques larmes, je crois, un peu plus tard. Seul le sport peut procurer de telles émotions ! Et le sport collectif en particulier, où les sentiments sont partagés et, je crois, amplifiés. Aujourd’hui encore, je savoure le plaisir d’avoir vécu cette épopée avec des filles bien. Des joueuses qui font une confiance totale à leur entraîneur. Qui font passer l’intérêt collectif avant le leur…et qui par leur charisme, ont incité le public à les accompagner. Pour le reste…Je suis le premier entraineur français à avoir soulevé un Trophée européen. Peu importe ! J’ai surtout vécu mon sport avec passion et plaisir cette saison-là. Cette équipe est une référence pour moi, aujourd’hui encore, dans mon travail d’entraineur qui est désormais mon métier. J’essaie toujours de transmettre à mes joueurs les valeurs indispensables au succès. Et l’exemple du HBCN me vient toujours à l’esprit.
Les photos m’ont été donné par Alain Portes et par Olivier Gebelin (photos prises par Midi Libre en 1991)








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