"LE HAND VA ME MANQUER MAIS JE VAIS RETOUCHER TRÈS VITE LE BALLON DE MANIÈRE DIFFÈRENTE"

Les arbitres du match, qui a opposé Bouillargues a Rochechouart, venaient à peine de siffler la fin du match que tout le monde s'est précipité sur Mouna Chebbah. A 39 ans, la numéro 20 la plus célèbre du handball mondial venait de disputer son dernier match. La fille de Mahdia en Tunisie venait de mettre un terme à une des plus belles carrière que le handball féminin ait connu. Énumérer tout son palmarès me prendrait beaucoup de temps mais en 2015, elle a été décoré Chevalier de l'Ordre de la République Tunisienne. Quand le sport dépasse toutes les limites!!!. Véritable icône dans son pays, la tunisienne a évolué dans deux clubs gardois, le HBCN Nîmes de 2014 a 2016 et Bouillargues depuis 2019. Deux clubs qu'elle aura marqué par sa vision du jeu et par ses nombreux buts. J'ai donc attendu qu'elle finisse de signer des autographes, de faire des photos avec les enfants. Une fois fini, elle m'a demandé si on pouvait s'assoir sur le banc de touche pour qu'elle réponde à mes questions. Avec beaucoup de gentillesse, d'émotion, elle s'est livrée pendant quasiment dix minutes sur sa carrière, sur sa position de femme et sur ce sport qu'elle aime tant, son sport...dont finalement elle ne va pas s'éloigner trop longtemps. 


JS30 : Mouna, je pense que le président Sylvain Maestrini, avec la prestation de ce soir, il ne va pas vouloir te lâcher et il va vouloir te garder une saison de plus.
Mouna Chebbah: Le principe, c'était vraiment de venir aider l'équipe à progresser et j'espère que j'ai fait mon travail en étant à côté des jeunes joueuses et de leur faire profiter de l'expérience que j'ai acquise toutes ces années. Je pense que cette année et les deux dernières années, on a jamais été en danger. Cette année, on a pas galéré, on était parmi les cinq premières et aujourd'hui on a réussi à garder cette quatrième place. Je suis fière de toute ma carrière. De mes débuts en Tunisie et après en Europe, en France et au Danemark, avec tous les titres que j'ai dans mon palmarès que ce soit en individuel ou avec les équipes avec lesquelles j'ai joué. On dit souvent qu'on se souvient toujours de la première équipe avec laquelle on a commencé le handball et la dernière aussi. Donc aujourd'hui, je me sens vraiment très bien car l'équipe a progressé, que les filles, pendant trois ans, ont progressé petit a petit. C'est un plaisir pour moi surtout pour moi la demi centre dont le rôle est de faire jouer tout le monde. De voir les filles marquer des buts, ça me fait vraiment plaisir, plus que si c'est moi qui marquait. 
JS30 : Ce match, il était important pour toi. Tu t'es sentie comment pendant tout ce match?
MC: Franchement au début, j'ai eu du mal à rentrer dans le match. Mais après, je me suis un peu plus lâché. Je voulais vraiment montrer à tout monde et faire plaisir au public. Je voulais faire le show comme je l'ai fait souvent. Moi, le handball, je le joue pour les gens, surtout pour faire le show et faire plaisir à ces gens qui sont là, leur faire aimer ce sport la. Et surtout le sport féminin. Pendant les années où j'ai vécu au Danemark, et le Danemark c'est une terre de handball reconnue dans le monde, ils étaient étonnés comment une africaine, une tunisienne qui venait jouer chez eux, prenait la lumière des joueuses danoises. Je vais vous dire un truc...(elle coupe émue)...si le handball va me manquer, je pense que je vais retourner retoucher le ballon très vite mais de façon différente.


JS30: Tu me parles du Danemark, il y a deux autres endroits qui t'ont énormément marqué. Le Gard avec le HBCN et Bouillargues ou tu as joué et la Tunisie, on t'a vu avec le drapeau de ton pays. La Tunisie, c'est important pour toi?
MC: Mon pays, il y a presque 19 ans que je l'ai quitté. J'ai quitté mon pays, ma famille, mes amis. C'était vraiment un sacrifice et un challenge de partir des mon jeune âge. La Tunisie est restée dans mon cœur toutes ces années la. Avec l'équipe de Tunisie, c'était pareil. J'ai vraiment tout fait pour honorer notre pays et la femme dans le monde arabe. Je pense que j'ai réussi. Je suis fière de représenter cette femme tunisienne partout dans le monde. Aujourd'hui, j'ai mis mon empreinte dans le handball international. Je suis fière que lorsque l'on dit "Mouna Chebbah numéro 20", on se souvienne de moi. Je joue pas un Handball lambda. Je me suis toujours attachée à le jouer différemment. C'est ce qui a fait ma force. C'est pour ça que je rentre sur le terrain, j'ai envie de faire la fête et de m'amuser. Et surtout montrer techniquement des trucs exceptionnels. 
JS30: On est tous d'accord pour dire que tu es une joueuse atypique. Moi je n'ai pas peur de dire que tu es un phénomène. Merci pour toutes ces années, tu nous as régalé. Je venais voir le HBCN a l'époque et je me rappelle de toi. Merci pour ce que tu as apporté au handball féminin . Franchement, c'était un régal de te voir jouer. 
MC: C'est un plaisir pour moi. Merci aussi à vous les journalistes, le public et tout le monde qui a aimé la joueuse et cette personne que je suis. Il y a beaucoup de gens qui m'écrivent et c'est pour cela que j'aime ce sport. J'adore la relation avec les gens qui aiment des joueuses différentes. Moi je me souviens, que j'adorais un joueur...Ivano Balic. C'était un joueur hors norme. Techniquement, il était au dessus de tout le monde. Quand je le regardais jouer, je me disais que j'allais lui piquer ses trucs. J'ai essayé de le faire et aujourd'hui je pense avoir prouvé. Si vous avez vu les deux buts de ce soir...c'était vraiment pour faire ces gestes techniques qui sont trop durs a faire. Je les ai réussi pour faire plaisir a tout le monde. 


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