"LORSQUE L’ON PREND UN ENGAGEMENT, ON Y VA…QUEL QUE SOIT LE RÉSULTAT, IL FAUT ÊTRE FIER DE SOI SI ON S’EST DONNÉ LES MOYENS DE LE FAIRE"

A presque 42 ans, il les aura le 8 aout, et après 17 titres de champion du monde, le Marguerittois Samir Mohamed va donc tirer sa révérence. L'homme aux 139 combats, aux 133 victoires et surtout à la série de victoires la plus longue qu'un combattant ait connu, 117 succès consécutifs, va donc affronter Yoann Mermoux, top 10 français du K1, dans les arènes de sa ville, Marguerittes, lui qui est très marqué par celle-ci, à tel point qu'il a repris la gestion du club qui l'a vu grandir, le KBCM, Kick Boxing Club Marguerittois. Avant cet ultime combat, le Petit Prince, comme il est surnommé, m'a consacré quelques minutes de son précieux temps. Rencontre avec une légende des sports de combats. 

JS30: Samir, à un peu plus de 48h* de ton dernier combat, comment te sens tu?

Samir Mohamed: Étrangement assez bien...Après une très longue période sans avoir boxé et avec cette proposition qui m'a été faite par des jeunes de Marguerittes dont mon frère et Jordan. Je suis bien, je pensais être plus tracassé que ça. Le plus gros combat pour moi était de revenir en forme et de perdre 25 kgs. C'est fait. Ça a été un gros challenge donc à partir de la, vu l'endroit, vu l'organisation, vu par qui cela est fait et le fait que j'ai perdu le poids, j'ai déjà gagné. 

JS30: Il y avait un gros a faire physiquement. De ce côté la, tu te sens comment?

SM: L'un et l'autre sont liés. Si il n'y a pas le mental, tu peux pas aller chercher les performances physiques. La, les deux vont bien. Je suis en paix avec moi même. Il y a eu des périodes de doutes pendant la préparation...parce que je suis trop vieux, parce que mon temps est passé. J'ai été très étonné de l'engouement que ce combat suscite. Ça m'a fait vachement plaisir et ça m'a rassuré sur le fait que j'ai laissé une belle image de moi, tant mentalement que sportivement tout au long de ma carrière. La, c'est à Marguerittes donc ça va bien.

JS30: Tu vas combattre une dernière fois à Marguerittes, dans ta ville. Tu avais pu imaginer que ça finisse comme ça, tu en avais rêvé?

SM: Rêver oui car je n'ai eu de cesse tout au long de ma carrière de représenter les sportifs gardois, mon village, ma manière de vivre ici dans mon village, la passion qu'on a pu mettre dans tout ce que l'on a fait ici quand on a joué au foot, au hand, qu'on a fait de la boxe. On a essayé de représenter les valeurs de notre village car ici, on a pas été trop embêté, on a toujours su tous vivre ensemble ici. Et ça, c'était important pour moi de le retranscrire sur le ring. 

JS30: A l'aube de ce dernier combat et après 17 titres de champion du monde, tu arrives à avoir un recul sur cette fabuleuse carrière? Tu te rends compte de l'empreinte que tu as laissé dans ton sport et dans le sport gardois? 

SM: Dans le Languedoc Roussillon, c'est pas très répandu comme sport, sinon dans tout le reste de la France et dans le monde entier, j'ai été connu. Après, au delà des performances sportives, j'ai essayé de représenter des valeurs et je suis agréablement surpris de voir que lorsqu'on m'encourage pour mon dernier combat, on m'encourage, on me félicite autant pour ma carrière sportive que pour côté humain. J'ai toujours voulu être vrai et pas jouer un rôle. Il est la le vrai combat. L'esprit gardois, il est la aussi...le partage, l'esprit méditerranéen. 

JS30: C'était quelque chose d'important pour toi ça?

SM: C'est ce que je suis, ce que je transpire, c'est ce que j'ai envie de laisser comme trace, au delà des championnats du monde. On a un beau département, une belle façon de vivre. Malgré tout ce qu'on peut dire, à Marguerittes, on a toujours tous vécu ensemble et je crois qu'on a cruellement tous besoin...encore plus après le Covid, après ce qui se passe, ce qui se dit. Au delà des religions et des croyances, ici on est des êtres humains et on sait se respecter et vivre ensemble. Ça, c'est important!!

JS30: Une carrière, c'est fait de bons et de mauvais moments, si tu ne devais en garder qu'un seul, ce serait lequel?

SM: Si je devais n'en garder qu'un, ce serait le championnat du monde après le décès de mon oncle. C'est lui qui m'a inscrit à la boxe au départ. Émotionnellement, c'était assez compliqué. J'étais dans le deuil mais je me devais d'honorer sa mémoire en étant champion du monde. Il est mort deux semaines avant que je le sois. C'était un mélange d'émotions particulières. 

JS30: On a beaucoup parlé de toi, on va parler un peu de ton adversaire? Tu t'attends a quel type de combat?

SM: Juste avant de parler de mon adversaire, je vais finir sur mon développement personnel. J'ai eu de la chance de côtoyer pas mal d'amis d'enfance qui ont réussi. Certains dans le rugby, un que tu connais forcément qui est Christopher Berraho dans l'athlétisme, d'autres marguerittois au niveau de la boxe. On a eu des footballeurs pro, on a été riche de sportifs gardois et on avait tous en commun de vouloir partager nos passions. On est tous derrières les autres, y en a pas un qui n'encourage pas l'autre, quel que soit la discipline. Après, pour en revenir à mon adversaire, forcément j'aurais pu choisir la facilité. Mais ce n'est pas l'image de ce que je suis. C'est pas ce que je voulais, je voulais pas faire de faux semblants. J'ai mes enfants qui vont me voir combattre, j'ai ma famille, j'ai les miens. Je voulais être en phase avec moi même donc j(ai pris un adversaire qui est dans le top 10 français, issue d'une grande famille de boxeurs, à part la maman, ils bossent tous dans cette famille. Il représente de belles valeurs. C'est quelqu'un de sérieux, d'assidu, qui est prêt, qui sort d'une saison a cinq victoires en six combats. Ça va pas être un combat facile pour moi mais je suis ravi de le faire. Il m'a envoyé un message pour me dire qu'il était prêt et que pour honorer ma carrière, il ferait le meilleur combat possible. C'est tout ce que je voulais et c'est comme ça que je veux finir. Peu importe le résultat. Je veux laisser dans les yeux de mes enfants le fait que lorsque l'on prend un engagement, on y va, quel que soit le résultat, il faut être fier de soi si on s'est donné les moyens de la faire. 

            Affiche réalisée par Baptiste Gaubert

JS30: Ce combat va être le point d'orgue d'une soirée magnifique. Vous avez organisé un événement qui va être un grand moment pour la ville de Marguerittes et pour le sport gardois, il y aura aussi Franck Reoutzkoff qui est un combattant reconnu. Tu l'as voulu aussi comme ça cette soirée?

SM: L'état d'esprit, il est qu'on vend pas le plus beau gala de l'année, on va essayer de vendre une belle fête. Il y a aussi Karim Bidouche et Eddy Faetmi qui terminent aussi leurs carrières. Franck, c'est la jeunesse du club. On va y aller crescendo lors de cette soirée. On a la nouvelle génération qui va commencer puis il y aura la partie pro avec Franck notamment, Karim et Younes et puis nous les anciens, on clôturera la soirée. Quand j'ai commencé, tout le monde disait que ce sport n'était pas fait pour tout le monde, que c'était un sport violent. Aujourd'hui, j'ai passé ma vie à montrer les vrais valeurs de ce sport qui se démocratise de plus en plus. A la salle, il y a le gala qui est quelque chose de bien mais on a trois gamins qui ont passé le bac et qui l'ont eu et ça c'est plus important pour nous. On a passé de belles années ici avec Domi Roman. Il nous a formé en tant que boxeur mais il nous a éduqué en tant qu'homme et citoyen. Il nous passé le flambeau et on veut continuer ce qu'il a commencé...même si c'est dur de passer après lui. C'est pour ça qu'on est trois avec Karim et Kader à le faire. Au delà des résultats sportifs, on veut façonner des adultes, des citoyens de demain. Ces trois jeunes auraient pu boxer lors de la soirée de samedi mais on a préféré ne pas les mettre pour qu'ils se consacrent à leurs bacs. On essaye vraiment de mettre l'accent la dessus, les résultats sportifs, c'est secondaire. A partir du moment, ou on a des gens qui se comportent bien et qui font le boulot à l'école, la boxe c'est que du sport. On soigne pas les gens du cancer, on fait pas des choses exceptionnelles, on essaye juste de prendre du plaisir dans un monde ou c'est de plus en plus dur d'en prendre. 

*L'interview a été réalisé jeudi matin à 11h dans les locaux du KBCM

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